Cyttaria darwinii (champignon de Darwin)
Le champignon de Darwin est un parasite ressemblant à une balle de golf. Il doit son nom à Charles Darwin qui l’a collecté en Terre de Feu au cours de son voyage à bord du HMS Beagle en 1832.
Informations techniques
- Nom scientifique: Cyttaria darwinii
- Nom(s) commun(s): champignon de Darwin. Nombreux noms indigènes tels que llao-llao, pan del indio, dihueñe del ñirre et dapa.
- Etat de conservation: Pas encore évalué par l’UICN, mais c’est l’une des diverses espèces de Cyttaria dont l’évaluation de l'état de conservation est actuellement proposée.
- Habitat: Parasite du hêtre de l’hémisphère sud (Nothofagus spp.), formant de nombreux 'fruits' souvent groupés sur des tumeurs très visibles, grosseurs ressemblant à des galles qui encerclent fréquemment les branches et le tronc de l’hôte.
- Risques connus: Aucun n’a été identifié. Les espèces de Cyttaria ne sont pas toxiques et ont une valeur nutritive semblable à celle de beaucoup d’autres champignons comestibles.
Classification
- Règne: Champignons
- Embranchement: Ascomycota
- Sous-embranchement: Pezizomycotina
- Classe: Leotiomycètes
- Ordre: Cyttariales
- Famille: Cyttariaceae
- Genre: Cyttaria
À propos de l’espèce
Le champignon de Darwin appartient à un genre de champignon parasite très évolué vivant exclusivement sur les espèces de hêtres Nothofagus de l’hémisphère sud. C’est donc dans cet hémisphère que toutes les espèces de Cyttaria poussent à l’état naturel. Le champignon de Darwin ne se trouve qu’en Amérique du Sud et n’est pas connu sur les Nothofagus de Nouvelle-Zélande ou d’Australie. Il a été collecté par Charles Darwin en Terre de Feu au cours du voyage du HMS Beagle, en 1832, et nommé en son honneur quand l’espèce a été scientifiquement décrite par le pasteur Miles J. Berkeley en 1842.
Les fructifications (en réalité les stromas englobant de nombreuses zones fertiles) se développent du printemps au début de l’été sur des galles, gonflements très visibles du tronc et des branches de l’hôte, qui peuvent atteindre 30 cm de diamètre. Les 'fruits' peuvent être produits en grandes quantités et tombent au sol à maturité, après libération des spores. Les galles provoquées par l’espèce sont vivaces mais le champignon ne provoque pas la pourriture du bois, et s’il tue parfois les branches très affectées, il ne semble pas avoir d’effets graves sur la santé à long terme de l’arbre. Le caractère vraiment parasitique n’a pas été établi et l’on a suggéré une possible symbiose (l’arbre tirant certains avantages de la présence du champignon).
Les 'fruits', source alimentaire pour divers animaux, sont fréquemment colonisés par les larves de moucherons du champignon (Mycetophilidae).
Géographie et distribution
Cyttaria darwinii n’est connu qu’en Amérique du Sud, y compris l’Argentine (découvert initialement en Terre de Feu) et le Chili. Il pousse sur les espèces de Nothofagus (hêtres de l’hémisphère sud), surtout N. antarctica et N. pumilio, et parfois N. betuloides et N. dombeyi, jusqu’à 1 700 m d’altitude. Sa distribution est limitée à celle de l’arbre hôte car il ne survit que sur les espèces de Nothofagus. On ne connaît pas de cas d’établissement des espèces de Cyttaria sur l’arbre hôte lorsque celui-ci pousse ailleurs.
Description
Les fructifications jaune vif ou jaune orangé du champignon de Darwin apparaissent sur les branches et le tronc de hêtres de l’hémisphère sud. On les trouve souvent en groupes évidents et visibles à distance. Les 'fruits' sphériques ont à maturité une surface constellée de petits creux et ressemblent beaucoup par la taille et la forme à des balles de golf.
Les stromas (masses de tissu fongique dans lesquelles les 'fruits' se développent) sont jaune pâle à l’état jeune puis deviennent jaune vif ou jaune orangé. Sphériques, de 2 à 5 cm de diamètre, ils peuvent se développer, séparément ou plus souvent en groupes, sur des tumeurs évidentes des troncs et des branches du hêtre de l’hémisphère sud (Nothofagus spp).
Les fructifications jeunes sont lisses et fermes, plus tard criblées de nombreux cratères fertiles de 4 à 6 mm. Ces cratères, d’abord visibles comme des zones pâles sur la surface des stromas, s’ouvrent à maturité et peuvent être exposés en enlevant la couche superficielle. La surface de l’hyménium (où se développent les spores) est couleur jaune d’œuf. Les asques (organes au sein desquels se développent les ascospores) contiennent huit spores, sont cylindriques, et effilés à la base avec au sommet un anneau qui apparaît bleu vif dans l’iode. Les ascospores sont ronds, brun pâle et lisses.
Le développement et la structure des 'fruits' de C. gunnii, espèce australienne voisine, ont été décrits en détail par White (1954).
Cyttaria darwinii (et quelques autres espèces de Cyttaria spp) peut aussi exister à l’état asexué, où de minuscules spores asexués sont produits à la base des stromas.
Découverte et description
Ce champignon était déjà connu des marins européens au 18e siècle et d’autres botanistes, mais c’est Charles Darwin qui, le premier, recueillit du matériel pour une étude scientifique. Il remarqua son abondance dans la région et la manière dont les populations locales l’utilisaient. Le matériel de Darwin fut envoyé au grand mycologue britannique, le pasteur Miles J. Berkeley, qui donna son nom scientifique au champignon dix ans après sa collecte, en 1842. La collection originale de Darwin, aujourd’hui conservée à l'Herbarium mycologique de Kew, est ainsi devenue le matériel type de cette espèce.
Des fructifications de C. darwinii, recueillies en 1886 par Robert Cunningham au cours du voyage du HMS Nassau, à Punta Arenas (Patagonie), se trouvent aussi à Kew, conservées dans l’alcool dans un des bocaux de verre d’origine. Dans la même publication où il décrit C. darwinii, Berkeley décrit aussi une espèce chilienne, C. berteroi, nommée d’après son découvreur, le biologiste italien Carlo Giuseppe Bertero, qui fut peut-être le premier à comprendre que les stromas de Cyttaria n’étaient pas les 'fruits' de l’arbre mais des champignons parasites. Une autre espèce sud-américaine de ce genre, Cyttaria hookeri, a été nommée par Berkeley en 1847 en l’honneur de l’un des directeurs de Kew, Joseph Hooker.
Menaces et conservation
Spécimen de Cyttaria darwinii (Image: RBG Kew)
Le champignon ne pouvant survivre que sur l’arbre qui est son hôte, la protection des forêts de hêtres en Amérique du Sud est importante pour cette espèce de Cyttaria et les autres. Cependant, rien n’indique que l’espèce soit menacée. Darwin note : ''Il pousse en grand nombre sur les hêtres''. Le champignon reste très utilisé localement et semble encore courant. Toutefois, c’est l’une des six espèces de Cyttaria (Cyttaria berteroi, C. darwinii, C. espinosae, C. exigua, C. hookeri, C. johowii) proposées pour l’évaluation de l'état de conservation dans le cadre du projet Indice Liste Rouge échantillonné de l’UICN (SRLI, Ascomycete Conservation Specialist Group). De plus, la préservation de Cyttaria spp. comme ressource alimentaire est liée à la protection des forêts tempérées de Nothofagus.
Utilisations
Le champignon est traditionnellement utilisé comme nourriture et conserve sa valeur sur ce plan. Son importance à cet égard était déjà connue de Charles Darwin qui en parle dans ''Le Voyage du Beagle'' (The Voyage of the Beagle) publié en 1839. Il écrit : ''En Terre de Feu, le champignon coriace et à maturité est recueilli en grandes quantités par les femmes et les enfants, et consommé cru. Il possède un goût mucilagineux, légèrement sucré, avec une faible odeur comme celle du champignon des prés. À l’exception de quelques baies provenant surtout d’un arbuste nain, les indigènes ne mangent aucune nourriture végétale en dehors de ce champignon''. D’ailleurs, à partir de 1760, les navires à voiles utilisèrent ces fructifications comme supplément alimentaire.
Les études modernes ont montré que les espèces comestibles de Cyttaria ont une valeur nutritive comparable à celle des champignons de couche et sont de surcroît bénéfiques pour celui qui les consomme en améliorant son système immunitaire.
En dehors de l’utilisation directe des fructifications, les galles du bois servent à faire des produits décoratifs pour l’usage local et le commerce touristique.
Le champignon de Darwin à Kew
Cyttaria, champignon de l’hémisphère sud, ne se trouve pas en Grande-Bretagne, bien que diverses espèces de Nothofagus poussent dans les Jardins. Cependant, le matériel original de C. darwinii recueilli par Charles Darwin ainsi que des collections d’autres espèces de Cyttaria venues de toute leur aire de répartition sont conservés à l'Herbarium mycologique de Kew. Ces collections sont accessibles aux chercheurs, sur rendez-vous, mais ne sont pas ouvertes au public.
Références et crédits
Rédacteur scientifique Kew: Heidi Döring
Co-auteur Kew: Brian Spooner